Ce que markdown n’est pas

Réponse courte

Ni un outil, ni un workflow.

Réponse développée

Révélation ce matin en lisant les billets de Jean-Christophe sur les nouveautés d’Ulysses III. Point d’orgue d’une épopée trollesque qui est allée jusqu’à piocher dans le cinéma français pour un court inventaire de soi-disant opposants au Markdown.

Avec le recul, on peut dire que Markdown a foutu un sacré coup de pied dans la fourmilière de l’écriture. Qu’on me pense pour ou contre, il a grandement changé ma façon d’écrire. Il n’y a pas si longtemps, mes choix d’outils étaient maigres : Pages, Word ou TextEdit. Ces trois-là (surtout les deux premiers) restaient dans le même paradigme, celui de la page. La Page que l’on s’efforce à remplir et à mettre en forme dans le même temps. Aujourd’hui, il m’arrive d’écrire sur un rouleau infini tout en entourant quelques passages de quelques signes pour mettre l’emphase.

Car c’est là finalement la force du Markdown : il a lieu dans le processus-même d’écriture. Il n’appartient à aucun logiciel. Comme le dit Cyril, on peut ajouter quelques astérisques à un mail sans que cela ne fasse réagir le destinaire. Markdown n’est pas un outil, c’est l’écriture. Quand je pense à ce que j’écris, certains mots ressortent plus que d’autres. Markdown me permet de traduire cela dans le corps-même du texte, sans me soucier de ce à quoi il ressemblera une fois publié ou imprimé.

Toutefois, il ne me convient pas pour l’écriture universitaire, qui occupe (malheureusement pour lui) le plus clair de mes journées. Jean-Christophe a la chance de pouvoir s’occuper de ses textes sur toutes ses machines en utilisant Markdown. Mes textes sont constamment remaniés, ont besoin de versions, de commentaires et surtout de notes de bas de page. Dans mon cas, tout ceci est plus facile à faire avec Scrivener et Word. Mes outils dont une partie tournent sous Windows ne sont pas aussi fluides avec Markdown que ne peut l’être Mac OS.

Et ce n’est pas un drame. Le piège avec Markdown, c’est d’être enthousiaste de sa simplicité et sa discrétion au point de vouloir le coller à toutes les sauces. Dans mon cas, il n’excelle pas pour la rédaction de mon mémoire mais il est très efficace pour m’aider à retaper mes cours dans Ulysses III. Sous-utilisation de cette app que certains utilisent pour créer des romans ? Non. Prise de conscience qu’aussi génial qu’il puisse être, Markdown a pour seul limites celles de mes usages.

Du reste, il m’est devenu essentiel pour :

  • l’écriture de textes annexes tels que la prise de notes, les billets blog, les brouillons de mail dans nvALT couplé à iA Writer et Dropbox sur Mac comme sur iPhone ;

  • la mise à jour d’un journal dans Day One ;

  • la reprise de mes notes de cours manuscrites sur ordinateur dans Ulysses III.

Ce sont les trois choses que je fais sans friction avec Markdown, depuis la saisie du texte jusqu’à son exportation/impression en passant par la relecture.

Il m’arrive de m’entêter à l’utiliser dans les contextes de mon usage où il est moins à l’aise. À chacun sa procrastination.

L’idée est simple mais il fallait y penser : utiliser la reconnaissance vocale pour lancer des applications. Quoi de plus facile que de dire “photo”, “messages”, ou “mail” à l’ordinateur pour démarrer ses applications ?

Encore une preuve que l’informatique en tant que support s’efface pour laisser pleinement sa place au contenu.

L’idée est simple mais il fallait y penser : utiliser la reconnaissance vocale pour lancer des applications. Quoi de plus facile que de dire “photo”, “messages”, ou “mail” à l’ordinateur pour démarrer ses applications ?

Encore une preuve que l’informatique en tant que support s’efface pour laisser pleinement sa place au contenu.

OS X perd son Mac

Donc, Apple nous sort un nouveau Lion. Un Mountain Lion. Le geste m’a paru osé, tant j’ai pu voir autour de moi se multiplier les déçus de ce système. Dire qu’il soit mauvais serait un peu sévère, disons qu’il n’est pas totalement fini, qu’il ne va pas assez loin. J’ai longtemps hésité à l’installer sur ma machine, d’autant que je commençais à avoir mes habitudes et mes réflexes et que Lion en bousculait certains, et pas qu’à moitié. À l’heure qu’il est, je suis encore sous Snow Leopard qui tourne très bien sur ma machine — si bien que j’en arrive à ne plus envier Lion. Mais avec l’annonce de Mountain Lion, Apple me renvoie à la figure le fait que je suis à cheval entre deux éco-systèmes. Celui d’iOS que j’ai récemment découvert, et celui de Mac OS, que j’utilise depuis assez longtemps pour y avoir développé mes propres réflexes.

Je dois avouer qu’il n’y a pas si longtemps que ça, je prennais iOS à la légère. Mais après plusieurs jours passés à l’utiliser majoritairement dans ma vie numérique, je me suis rendu compte de sa capacité à pouvoir se substituer à un système d’exploitation de bureau. Il exécute et cela sans sourciller des tâches que je demande quotidiennement à mon ordinateur : la lecture de mails, l’organisation de mes contacts et calendriers, la navigation sur Internet, etc. Mieux encore, il exécute ces tâches dans un tout autre paradigme qui rend encore plus invisible et facile l’informatique au point de me faire douter qu’il s’agisse de tâches informatiques. J’ai alors compris qu’iOS était tout sauf un système minoritaire dans l’éco-système d’Apple, qui relègue l’ordinateur à une passerelle numérique (via la synchronisation iTunes et maintenant iCloud). C’est toute une nouvelle représentation de l’informatique qu’Apple construit à travers iOS.

Revenons à Mountain Lion et prenons une capture d’écran promotionnelle du site d’Apple. Regardons le Dock. Les applications iLife ont disparu, seule reste iPhoto. L’ordinateur n’est plus tant une machine de création qu’un noyau dans le système d’Apple, au même titre que pourrait l’être l’iPhone ou l’iPad. Bien sûr la puissance de nos machines nous intéresse, bien sûr nous créons encore des documents, mais cela Apple le sait, d’autant qu’elle a participé à en stabiliser les usages dans des applications (Pages, Word, ou LibreOffice pour le traitement de texte par exemple). Ce qui l’intéresse, ce sont les usages en mouvement. C’est de pouvoir aider l’utilisateur lorsqu’il choisit d’avoir recours à la technologie dans un contexte variable : l’aider à noter un RDV ou lui rappeler quelque chose. Et quoi de plus variable que le quotidien ? Je m’en suis aperçu en utilisant mon iPhone1 pour prendre des notes ou synchroniser mes signets. Peu importe que je fasse une modification depuis le téléphone ou l’ordinateur : l’essentiel est que les deux aient les mêmes données.

Mais bien qu’enthousiaste face à une telle simplicité d’utilisation, je ne perds pas de vue qu’Apple, à travers ce procédé, surinvestit l’importance du medium. J’observe la même tendance, (avec toutefois ses spécificités) du côté de Google qui veut faire croire à ses utilisateurs que l’utilisation du mail et du partage vidéo suffisent à produire un disque ou être un bon parent. Car nous aurions beau avoir les meilleurs accès à nos contenus personnels, l’essentiel résidera toujours dans l’acte de création — cette petite pulsion qui me force à sortir le premier outil qui me vienne, peu importe qu’il s’agisse d’un carnet à quelques euros, d’un appareil photo, ou d’un iPhone pour en garder la trace dans ma mémoire personnelle.

Le détour par iOS étant fait, revenons-en à mon iMac. Une bien belle machine qui a pendant quatre ans exécuté tous les ordres que j’ai pu lui adresser. Avec iOS, Lion, et maintenant Mountain Lion, j’ai acquis la quasi certitude de devoir faire un choix. Celui d’en faire une machine dure comme le fer, un chef-d’oeuvre dans le musée des ordinateurs personnels, ou alors celui de le maquiller un peu pour en faire une passerelle numérique.

Pour l’instant, la balance penche du côté du premier choix. J’ai réussi à faire coller mes usages à la machine, sans qu’elle ne bronche de trop. Elle ne m’impose plus rien si ce n’est son paradigme d’ordinateur personnel, encore très lié aux systèmes de fichiers. Pour le reste, je me débrouille : il faut l’avouer, copier-coller un lien pour le partager sur Twitter n’est pas un acte insurmontable, et je n’ai pas forcément besoin d’un bouton dédié pour le faire depuis n’importe quelle application. Mais au-delà de cet exemple caricatural, je me rends compte que ce Mountain Lion est l’aboutissement de ce que certains attendaient depuis la sortie de Lion. Il met fin à des ambiguïtés du système qui se sont accentuées avec iOS, comme la confusion des applications de calendrier et de notes. Mais plus globalement, il met fin au paradigme de l’ordinateur personnel au profit d’une autre représentation de l’informatique que j’évoquais plus haut. Une informatique dont l’ordinateur n’est plus le fidèle compagnon de l’utilisateur, mais fonctionne avec lui. C’est pour cette raison que iCal devient Calendrier. Pour cette même raison aussi qu’aujourd’hui nous passons autant de tant si ce n’est plus à tapoter sur nos terminaux mobiles que sur nos claviers d’ordinateur, lesquels sont plus puissants. Car ce qui compte dans cette nouvelle informatique, ce n’est pas la puissance technique de la machine — celle-ci a été stabilisée de la même manière que le traitement de texte dont nous parlions tout à l’heure, mais la valeur ajoutée d’un outil par rapport à l’autre dans son accès aux données et ses possibilités de création. Préférer un ordinateur à un terminal mobile se limitera peut-être bientôt aux particularités techniques de chaque outil pour réaliser une même tâche (le fait que l’un ait un écran plus large, et l’autre soit plus portable et discret par exemple).

Mon choix ne reposera donc pas sur un raisonnement en termes de capacités. Clairement, mon Mac fera exactement la même chose qu’aujourd’hui, à la différence près qu’il aura une application pour gérer des tâches de quelques Ko. En revanche, il changera radicalement mon rapport à l’information2. Mac ou pas, Apple est plus présente que jamais dans l’informatique moderne. À mon tour de décider si, moi aussi, je vais perdre le “Mac” de mon “OS X”.


  1. Mes propos ici ne se limitent pas au Mac et à l’iPhone. Les situations que je décris pourraient très bien s’appliquer à un utilisateur d’Android et d’un PC Dell. Il s’agit simplement des machines que j’utilise et connais le mieux. 

  2. Qui se limite pour l’instant à la seule fenêtre d’iTunes et pourrait être étendue à tout le système avec iCloud, le centre de notifications, et Messages par exemple.