Share is the new save is the new publish

Sous cette formule, l’idée toute simple d’une confusion entre partage, sauvegarde, publication. La multiplication d’applications et de plateformes qui permettent de produire du contenus (écrit, photographique, vidéo, etc.) mène à une sorte de convergence des fonctions de partage. Quand j’édite une photo dans VSCO Cam, je me trouve en situation de la « partager » avec moi-même vers la pellicule de mon iPhone — ce qui revient à l’enregistrer. La chose n’est pas propre aux appareils mobiles : depuis Mavericks, Safari me propose de partager un signet pour l’ajouter dans la bibliothèque de mon Mac — encore une fois, équivalence de l’enregistrement.

À l’inverse, j’enregistre (ce texte par exemple) pour le publier.

Enregistrer, exporter, importer, partager, ajouter, ouvrir dans …

On remodèle nos contenus jusqu’à ce qu’ils atteignent leur auditoire. Omniprésence du paradigme de la publication : pour soi, pour sa famille, pour une audience. C’est pour cela qu’il n’y a pas — plus — d’excuse à ne pas tenir de blog. Tout est dans l’intention, le geste qui pousse à véhiculer une pensée d’un coin de notre esprit jusqu’à la figer quelque part. Avant qu’elle ne fuie abondamment avec les multiples lectures qui en seront faites. Avant qu’elle ne vous pousse à la partager.

Ce que markdown n’est pas

Réponse courte

Ni un outil, ni un workflow.

Réponse développée

Révélation ce matin en lisant les billets de Jean-Christophe sur les nouveautés d’Ulysses III. Point d’orgue d’une épopée trollesque qui est allée jusqu’à piocher dans le cinéma français pour un court inventaire de soi-disant opposants au Markdown.

Avec le recul, on peut dire que Markdown a foutu un sacré coup de pied dans la fourmilière de l’écriture. Qu’on me pense pour ou contre, il a grandement changé ma façon d’écrire. Il n’y a pas si longtemps, mes choix d’outils étaient maigres : Pages, Word ou TextEdit. Ces trois-là (surtout les deux premiers) restaient dans le même paradigme, celui de la page. La Page que l’on s’efforce à remplir et à mettre en forme dans le même temps. Aujourd’hui, il m’arrive d’écrire sur un rouleau infini tout en entourant quelques passages de quelques signes pour mettre l’emphase.

Car c’est là finalement la force du Markdown : il a lieu dans le processus-même d’écriture. Il n’appartient à aucun logiciel. Comme le dit Cyril, on peut ajouter quelques astérisques à un mail sans que cela ne fasse réagir le destinaire. Markdown n’est pas un outil, c’est l’écriture. Quand je pense à ce que j’écris, certains mots ressortent plus que d’autres. Markdown me permet de traduire cela dans le corps-même du texte, sans me soucier de ce à quoi il ressemblera une fois publié ou imprimé.

Toutefois, il ne me convient pas pour l’écriture universitaire, qui occupe (malheureusement pour lui) le plus clair de mes journées. Jean-Christophe a la chance de pouvoir s’occuper de ses textes sur toutes ses machines en utilisant Markdown. Mes textes sont constamment remaniés, ont besoin de versions, de commentaires et surtout de notes de bas de page. Dans mon cas, tout ceci est plus facile à faire avec Scrivener et Word. Mes outils dont une partie tournent sous Windows ne sont pas aussi fluides avec Markdown que ne peut l’être Mac OS.

Et ce n’est pas un drame. Le piège avec Markdown, c’est d’être enthousiaste de sa simplicité et sa discrétion au point de vouloir le coller à toutes les sauces. Dans mon cas, il n’excelle pas pour la rédaction de mon mémoire mais il est très efficace pour m’aider à retaper mes cours dans Ulysses III. Sous-utilisation de cette app que certains utilisent pour créer des romans ? Non. Prise de conscience qu’aussi génial qu’il puisse être, Markdown a pour seul limites celles de mes usages.

Du reste, il m’est devenu essentiel pour :

  • l’écriture de textes annexes tels que la prise de notes, les billets blog, les brouillons de mail dans nvALT couplé à iA Writer et Dropbox sur Mac comme sur iPhone ;

  • la mise à jour d’un journal dans Day One ;

  • la reprise de mes notes de cours manuscrites sur ordinateur dans Ulysses III.

Ce sont les trois choses que je fais sans friction avec Markdown, depuis la saisie du texte jusqu’à son exportation/impression en passant par la relecture.

Il m’arrive de m’entêter à l’utiliser dans les contextes de mon usage où il est moins à l’aise. À chacun sa procrastination.

Une révolution à 99 centimes

Mais quelle est donc cette nouvelle app d’écriture sans distraction que tu nous proposes en ce 8 mai, Vincent ? Comment as-tu trouvé cette perle que je ne trouve pourtant dans aucun test ou florilège d’apps ?

Capture de l'app mystère

Qu’est-ce que je vous comprends … C’est vrai quoi, elle a de la gueule mon app, avec ses grosses marges, sa police fixe qui nargue le Nitti d’une app bien connue qui en fait sa “fonctionnalité” première. Et puis sa couleur de fond qui fait parfaitement ressortir chaque pixel de son interface millimétrée, moderne mais néanmoins rustique avec son allure de hacker. Comment diable ai-je pu trouver un tel modèle de perfection alors que l’App Store est sans cesse passé au peigne fin pour tenter d’y déceler la perle rare ? Et pourtant elle est là, sur mon disque dur, et j’y écris ces mots. Mieux, je vais vous l’offrir en faisant gagner des codes avec un concours pour enfin booster l’audience de mon blog.

Capture d’une fonctionnalité inédite de l’app mystèreVraiment ? Toujours pas ? Franchement, c’est à se demander si vous méritez votre titre d’expert, de consultant, de furieux du minimalisme et du markdown.

Non seulement cette app m’offre un environnement résolument minimaliste, mais elle me permet, sans la quitter et par la pression d’un raccourci clavier, d’ouvrir les autres fichiers sur lesquelles je travaille.

Cette application n’a pourtant pas attendu la déferlante d’outils qui rivalisent les uns avec les autres pour nous aider à faire une seule et même chose : écrire. Il est vrai qu’au début, il a fallu que j’apprenne à la maîtriser parce qu’elle chamboulait toutes mes habitudes en termes d’éditeur de texte. Il m’est arrivé de la détester, la préférant à des solutions nettement moins pratiques mais ô combien plus rassurantes. Mais elle n’a jamais vraiment quitté mon disque dur. Notational Velocity est une application réussie ; et encore plus lorsqu’on utilise son fork, nvALT. Ses fonctionnalités rendraient plus d’une app iOS révolutionnaire — je suis d’ailleurs surpris de ne pas voir un éditeur annonçant la sauvegarde automatique et la fusion de la création/recherche d’articles comme une « révolution » à 0,99€ sur le Store.

Si je m’intéresse de nouveau à nvALT, c’est parce que, paradoxalement, des outils comme Byword ou iA Writer m’ont poussé à reprendre mes vieilles habitudes. Concentré sur la manière d’écrire le texte, je suis revenu à la logique du fichier unique, que j’enregistre, que j’exporte en .doc, que je sauvegarde à la main. Pourtant ces « nouveaux » outils nous encouragent aussi à repenser notre organisation. Certains parlent de corde à linge, mes besoins personnels me ramènent à la boîte à chaussures1, traversant les âges, archivant et indexant mes textes, les sauvegardant sans avoir à le lui demander explicitement.


Sérieusement, si vous souhaitez gagnez des trucs en ce jour férié, il vous reste encore une heure pour essayer de gagner une licence pour MCPro, une application de prise de vue franchement sexy pour iPhone. C’est sur tiaaft.


  1. Je m’excuse d’avance auprès de Jean-Christophe pour avoir osé singer sa métaphore qui, elle, a le mérite d’être parlante.