Numériques, et non pas virtuelles

Écrire fait partie des choses que je fais le plus dans la journée. Comme tout étudiant, je prends note des cours qui me sont dispensés mais aussi d’ouvrages que je lis. Ajoutons à ça les articles que je suis amené à rédiger sur le web, les commentaires que je laisse sur les blogs que j’apprécie, ainsi que les textes que j’écris pour moi-même.

Comme beaucoup j’écris sur mon ordinateur, ce qui me permet de classer et d’organiser mes fichiers, mais également d’aller plus vite en tapant au clavier et de ne pas avoir à subir ma propre écriture, facilitant ainsi la relecture de mes textes. L’autre gros avantage du numérique réside en la publication simplifiée par la souplesse du format texte et de quelques bons outils.

L’autre jour, alors que je laissais un commentaire sur le blog zen d’Anthony, je fus surpris par le fait qu’il trouve intéressant mon angle d’approche concernant les notes numériques. Parce qu’elles prennent corps dans la fenêtre d’un logiciel et sont composées de données binaires, mon esprit ne les élève pas au même rang que les notes écrites sur papier, comme si la virtualité de leur existence s’appliquait à leur contenu, les dépossédant de tout leur sens. Pourtant, j’écris tout autant sinon plus derrière mon écran d’ordinateur qu’une feuille de papier !

Ce sentiment m’est venu à l’esprit en rangeant mes papiers. La masse imposante du classeur qui enferme les notes de cours et de recherche de ma deuxième année de licence semble écraser les petits fichiers texte dispersés dans mon disque dur.

De là, je me suis interrogé sur la manière de rendre moins virtuelles mes notes, c’est-à-dire de les faire entrer davantage dans ma vie réelle, afin qu’il n’y ait plus d’obstacle technologique entre elles et moi. Non pas que je me méfie des ordinateurs, mais le support des documents que nous créons et nous nous approprions (ce que je raconte sur les notes vaut aussi pour les PDF et autres ebooks) est aussi important sinon plus que leur contenu. La réception d’une information n’est pas équivalente si elle est captée au détour d’une discussion, entendue dans un bulletin d’information télévisé ou lue dans les colonnes d’un journal. L’appropriation scientifique et culturelle varie selon les modes d’accès qu’on mobilise, et les multiplier est absolument nécessaire.

Faire davantage entrer mes notes dans mon quotidien disais-je, selon ce principe que l’appréhension technologique des notes prises grâce à mon ordinateur est lacunaire. La question demeure aujourd’hui encore ouverte, bien que je commence à trouver des outils intéressants. L’éditeur Byword m’attire de plus en plus puisqu’il efface l’interface du logiciel. Faire face à un écran monochrome qui ne laisse apparaître que le texte s’approche de la feuille de papier enrichie. Il ne s’agit pas de savoir laquelle des deux manières est la meilleure, mais tirer le meilleur parti des deux (simplicité et concentration d’un côté, souplesse et performance de l’autre).

Une autre manière de rendre mes notes moins virtuelles est de briser la routine esthétique et technologique. En d’autres termes, il s’agit de garder le même contenu et de le présenter autrement selon mes besoins. Pour cela, des générateurs de sites statiques tels que Pelican permettent de publier assez facilement de petits sites web qui prennent la forme de petits carnets en ligne.

Malgré tout, je n’ai pas encore réussi à imiter la souplesse du papier lorsque je suis en déplacement. Lorsque, depuis chez moi, je souhaite emporter des documents à étudier à la bibliothèque, je ne me soucie de rien : je les attrape au vol et les dispose dans une chemise au fond de mon sac. Dans le cas des notes numériques, chaque déplacement se prépare. La meilleure solution — loin d’être la plus écologique j’en ai conscience, reste d’imprimer les notes sur lesquelles je souhaite travailler. Si, au cours de mon travail, je souhaite en trouver d’autres, un ordinateur public de la bibliothèque est toujours prêt à me les afficher grâce à Simplenote.

  1. vincent-ca a publié ce billet