Vincent Carlino

mois

juillet 2012

2 billets

Maturité

Avec des cycles de développement de plus en plus courts, il faut plus que jamais prendre OS X comme un perpétuel chantier, et non comme le système ultime qu’Apple cherchait par le passé à mettre au point avec Tiger ou Leopard.

— MacGénération, Mountain Lion : OS X arrivé à maturité

Je n’aurais pu mieux le dire.

Jul 26, 20120 notes
#apple
Enfin photographe

«Mon appareil photo ne connaît pas la crise». Telle a été la devise de certains photographes au cours des dernières années depuis l’essor de la photo numérique. J’ai arrêté de compter le nombre de touristes, jeunes ou simples passionnés que je surprends chaque jour au détour d’une rue à prendre des clichés avec des appareils plus gros que leurs mains. Si la technique est une extension de la main, alors la photographie fait office de prothèse (le plus souvent très onéreuse). On l’aura compris, je fais allusion aux réflex. Depuis qu’elle s’est imposée comme un loisir, la photographie est reconnue comme au croisement des mondes de l’art et de la technique, entre création et dextérité. Il ne s’agit pas seulement d’avoir l’oeil mais de savoir ce qui se passe dans l’appareil lors du déclenchement au tirage des clichés. Bien qu’intéressante parce qu’elle encourage à questionner sans cesse sa pratique, cette double approche m’a clairement rebuté à prendre des photos. Socialement tout d’abord, parce que je ne pouvais pas dire «faire» de la photo en ignorant les étapes techniques héritées de l’argentique sans éveiller de soupçons. Psychosociologiquement ensuite, parce que mon simple compact ne me permet pas de jouer avec les éléments techniques pour agir sur la création : pas de flou, de macro ni de jeux de lumière pour mes photos qui ne se contentent que de présenter ce que mes yeux ont vu à un instant T.

Ce bref portrait pessimiste de ma pratique photographique illustre bien le malaise que j’ai longtemps éprouvé à l’égard de cet art moyen. Je ne sortais mon appareil que dans les occasions où il aurait été normal que je le pointe : événements familiaux, visites d’expositions, voyages. Il se contentait de reproduire ce que ma mémoire sait (pour l’instant) bien faire, à savoir se souvenir des moments marquants de la vie. Jusque là, je vivais plutôt bien avec mon complexe photographique, assumant presque que cette activité ne soit pas faite pour moi (ou l’inverse). L’écoute du dernier épisode du metro[podcast]dodo m’a invité à repenser ma pratique de la photo. Repenser, le mot est faible, je dirais plutôt que j’ai pris conscience de l’absurdité de la situation. Plutôt que de prendre en photo des moments intéressants, burlesques, cocasses, ou simplement beaux de mon quotidien, je préférais ne rien capturer par manque de légitimité. Les témoignages d’Anthony et Mathieu m’ont surtout rassuré : entendre deux amateurs de photo comme eux se sentir complexés à leur tour de ne pas assez utiliser leur réflex au profit d’appareils à petit format qu’ils avaient toujours sur eux a démontré que ce n’est définitivement pas l’appareil qui rassure le photographe. Leurs propos m’ont même carrément soulagés. C’est vrai si on y pense un instant : les réflex très perfectionnés sont destinés à des personnes qui prennent le temps de se poser devant leur objet (si bien qu’on a du mal à discerner qui de l’objet ou du photographe pose devant l’autre). Bref, ils sont destinés à une certaine niche que l’instantané rebute. Qu’un photographe professionnel utilise un réflex pour shooter un modèle ne me choquera jamais, de même pour un amateur de photo animalière qui souhaite capturer le moindre poil du pelage d’un félin. Quand je vois par contre un lambda sortir un réflex pour prendre en photo une personne au bord d’un lac, je me demande l’intérêt (outre celui de socialisation que j’ai évoqué plus haut). Pourquoi ? Parce que c’est précisément le boulot d’un bon compact, de prendre des instants du quotidien avec une qualité correcte — mais pas non plus excellente. Je me permets un petit aparté sur l’excellence de la photographie. Quelqu’un peut-il m’expliquer l’intérêt de faire des photos déjà vues mille fois sur le net et parfaites du point de vue technique si ce n’est de montrer la perfection technique de son appareil ? Oui, je parle précisément de ces photos de macro de marguerites qu’on voit partout. Photographes marguerite j’ose aujourd’hui vous poser la question, quel message voulez-vous passer dans vos photos ?

J’ai donc compris comment sortir de ce terrible (vous en conviendrez) doute photographique : la photo n’est pas qu’une question technique. En réalité, la photo ne devient intéressante que lorsque la technique est laissée à son rang, au service du message. Ceci est valable dans d’autres domaines : un ordinateur me permet d’écrire du texte plus vite qu’avec un stylo, mais sa technique est très limitée si je ne m’en sers que pour recopier les textes que d’autres ont déjà écrit. Dans ce cas, je suis un auteur-marguerite.

Le bon outil

Une fois rassuré que je pouvais moi aussi prendre des photos quand bon me semble sans en rougir, il me fallait trouver un outil approprié. Mon compact ? Je ne prends pas (encore) assez de photos pour le porter tous les jours sur moi. Un nouvel appareil photo ? Idem, je ne suis aucunement sûr de pouvoir rentabiliser cet investissement. Un appareil que je porte toujours sur moi ? L’iPhone. Vous avez bien lu. Premier détracteur de ces personnes qui se limitent volontairement à prendre des photos avec leur téléphone pour percevoir les limites techniques de ces derniers, me voilà à mon tour à prendre des photos avec un simple téléphone. Mais voilà, la clé est de savoir que nos smartphones ne sont justement pas de simples téléphones. Je m’en suis réellement rendu compte en imprimant un cliché pris avec mon iPhone. Sans réglages particuliers dans iPhoto ni du côté de l’imprimante, il en est sorti une photo d’une qualité supérieure à celle que je prends habituellement avec mon compact. Aucun flou, pas de couleurs délavées : juste une jolie photo-souvenir prête à se glisser dans un cadre.

La solution du choix de l’iPhone comme appareil photo est très simple et relève encore une fois d’une question de technique. Je ne l’utilise aucunement pour prouver aux autres qu’il peut prendre de meilleures photos que les compacts de chez Lumix. Je ne perçois aucun avantage de chez Apple comme de l’autre pour en dire du bien. En fait, l’iPhone est le premier appareil avec lequel j’arrive à m’amuser techniquement. Un long tap sur l’écran le bascule en mode «Verrouillage AE/EF». Ne me demandez pas ce qui se passe dans l’appareil ou son logiciel, je serais bien incapable de le dire, je sais juste que ce mode permet une mise au point manuelle et donc de jouer avec le flou lorsque les conditions le permettent. La seule vraie différence observable, c’est que je n’ai jamais pris autant de photos qu’avec mon iPhone. Presque une par jour, lors de mes trajets, lorsque quelqu’un ou quelque chose me surprend. Je sors l’appareil du fond de ma poche et déclenche. Si je veux me fondre dans la masse, j’utilise la fameuse technique du casque audio pour avoir l’air d’un jeune comme les autres qui change de piste sur son baladeur.

Et maintenant ?

Je l’ai dit, aucun appareil photo avant l’iPhone n’a pris autant d’instantanés entre mes mains. C’est un plaisir, quelque chose de véritablement fun et amusant que de prendre des photos en dehors des moments où on s’attend à en prendre. Il y a comme un léger suspense au moment de chaque déclenchement qu’on ne ressent pas lors d’un anniversaire (à moins de ne pas y avoir été invité). Il peut arriver qu’un cliché ne me convienne pas, c’est-à-dire que la technique de l’appareil photo m’empêche d’exprimer le message que j’ai voulu communiquer. Je me contente alors de l’archiver ou de la supprimer si vraiment je la juge ratée. Dans ces cas, oui, j’avoue avoir la faiblesse d’envier de bons compacts. Mais avant de lorgner ces bijoux, je pense que la prochaine étape est de prendre mon compact et de jouer sur les réglages manuels pour voir ses véritables performances. Autrement dit, en améliorer la technique au service du message que je veux faire passer. Un truc que j’envie vraiment ? Avoir un viseur optique sur mon appareil en plus de l’écran numérique, pour à mon tour, me sentir ridiculeusement photographe.

Les photos de l’article ont été prises avec un iPhone.

Jul 15, 20120 notes
#photo #technique #technologie #art #communication
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