1. — via un RT de Gonzague

    Le débat ne tourne pas autour du caractère liberticide de ce type de pratiques : HADOPI et ACTA sont bien moins hypocrites. Ce qui est intéressant, c’est la portée symbolique qu’ont pris ces objets que nous gardons en permanence avec nous. C’est que le partage l’emporte sur le réel. C’est qu’ils nous entraînent, si nous n’y prenons pas garde ou si (quelqu’un)1 ne le fait pas pour nous, dans une dictature du meta-événement.

    Laisser son smartphone chez soi c’est ça, être rock’n’roll en 2012 ?


    1. Et pas n’importe qui, nous parlons de Jack White. 

     
  2. De la même manière que les recensions dans les revues savantes, les citations dans les colloques scientifiques, les papiers dans la presse ou les interviews dans les médias… Si aujourd’hui on m’encourage à inscrire tous ces résultats dans mon curriculum d’universitaire, pourquoi ne pourrais-je ajouter aussi « Livre piraté sur… » dans la rubrique valorisation de la recherche et rayonnement de l’activité scientifique ?
     
  3. OS X perd son Mac

    Donc, Apple nous sort un nouveau Lion. Un Mountain Lion. Le geste m’a paru osé, tant j’ai pu voir autour de moi se multiplier les déçus de ce système. Dire qu’il soit mauvais serait un peu sévère, disons qu’il n’est pas totalement fini, qu’il ne va pas assez loin. J’ai longtemps hésité à l’installer sur ma machine, d’autant que je commençais à avoir mes habitudes et mes réflexes et que Lion en bousculait certains, et pas qu’à moitié. À l’heure qu’il est, je suis encore sous Snow Leopard qui tourne très bien sur ma machine — si bien que j’en arrive à ne plus envier Lion. Mais avec l’annonce de Mountain Lion, Apple me renvoie à la figure le fait que je suis à cheval entre deux éco-systèmes. Celui d’iOS que j’ai récemment découvert, et celui de Mac OS, que j’utilise depuis assez longtemps pour y avoir développé mes propres réflexes.

    Je dois avouer qu’il n’y a pas si longtemps que ça, je prennais iOS à la légère. Mais après plusieurs jours passés à l’utiliser majoritairement dans ma vie numérique, je me suis rendu compte de sa capacité à pouvoir se substituer à un système d’exploitation de bureau. Il exécute et cela sans sourciller des tâches que je demande quotidiennement à mon ordinateur : la lecture de mails, l’organisation de mes contacts et calendriers, la navigation sur Internet, etc. Mieux encore, il exécute ces tâches dans un tout autre paradigme qui rend encore plus invisible et facile l’informatique au point de me faire douter qu’il s’agisse de tâches informatiques. J’ai alors compris qu’iOS était tout sauf un système minoritaire dans l’éco-système d’Apple, qui relègue l’ordinateur à une passerelle numérique (via la synchronisation iTunes et maintenant iCloud). C’est toute une nouvelle représentation de l’informatique qu’Apple construit à travers iOS.

    Revenons à Mountain Lion et prenons une capture d’écran promotionnelle du site d’Apple. Regardons le Dock. Les applications iLife ont disparu, seule reste iPhoto. L’ordinateur n’est plus tant une machine de création qu’un noyau dans le système d’Apple, au même titre que pourrait l’être l’iPhone ou l’iPad. Bien sûr la puissance de nos machines nous intéresse, bien sûr nous créons encore des documents, mais cela Apple le sait, d’autant qu’elle a participé à en stabiliser les usages dans des applications (Pages, Word, ou LibreOffice pour le traitement de texte par exemple). Ce qui l’intéresse, ce sont les usages en mouvement. C’est de pouvoir aider l’utilisateur lorsqu’il choisit d’avoir recours à la technologie dans un contexte variable : l’aider à noter un RDV ou lui rappeler quelque chose. Et quoi de plus variable que le quotidien ? Je m’en suis aperçu en utilisant mon iPhone1 pour prendre des notes ou synchroniser mes signets. Peu importe que je fasse une modification depuis le téléphone ou l’ordinateur : l’essentiel est que les deux aient les mêmes données.

    Mais bien qu’enthousiaste face à une telle simplicité d’utilisation, je ne perds pas de vue qu’Apple, à travers ce procédé, surinvestit l’importance du medium. J’observe la même tendance, (avec toutefois ses spécificités) du côté de Google qui veut faire croire à ses utilisateurs que l’utilisation du mail et du partage vidéo suffisent à produire un disque ou être un bon parent. Car nous aurions beau avoir les meilleurs accès à nos contenus personnels, l’essentiel résidera toujours dans l’acte de création — cette petite pulsion qui me force à sortir le premier outil qui me vienne, peu importe qu’il s’agisse d’un carnet à quelques euros, d’un appareil photo, ou d’un iPhone pour en garder la trace dans ma mémoire personnelle.

    Le détour par iOS étant fait, revenons-en à mon iMac. Une bien belle machine qui a pendant quatre ans exécuté tous les ordres que j’ai pu lui adresser. Avec iOS, Lion, et maintenant Mountain Lion, j’ai acquis la quasi certitude de devoir faire un choix. Celui d’en faire une machine dure comme le fer, un chef-d’oeuvre dans le musée des ordinateurs personnels, ou alors celui de le maquiller un peu pour en faire une passerelle numérique.

    Pour l’instant, la balance penche du côté du premier choix. J’ai réussi à faire coller mes usages à la machine, sans qu’elle ne bronche de trop. Elle ne m’impose plus rien si ce n’est son paradigme d’ordinateur personnel, encore très lié aux systèmes de fichiers. Pour le reste, je me débrouille : il faut l’avouer, copier-coller un lien pour le partager sur Twitter n’est pas un acte insurmontable, et je n’ai pas forcément besoin d’un bouton dédié pour le faire depuis n’importe quelle application. Mais au-delà de cet exemple caricatural, je me rends compte que ce Mountain Lion est l’aboutissement de ce que certains attendaient depuis la sortie de Lion. Il met fin à des ambiguïtés du système qui se sont accentuées avec iOS, comme la confusion des applications de calendrier et de notes. Mais plus globalement, il met fin au paradigme de l’ordinateur personnel au profit d’une autre représentation de l’informatique que j’évoquais plus haut. Une informatique dont l’ordinateur n’est plus le fidèle compagnon de l’utilisateur, mais fonctionne avec lui. C’est pour cette raison que iCal devient Calendrier. Pour cette même raison aussi qu’aujourd’hui nous passons autant de tant si ce n’est plus à tapoter sur nos terminaux mobiles que sur nos claviers d’ordinateur, lesquels sont plus puissants. Car ce qui compte dans cette nouvelle informatique, ce n’est pas la puissance technique de la machine — celle-ci a été stabilisée de la même manière que le traitement de texte dont nous parlions tout à l’heure, mais la valeur ajoutée d’un outil par rapport à l’autre dans son accès aux données et ses possibilités de création. Préférer un ordinateur à un terminal mobile se limitera peut-être bientôt aux particularités techniques de chaque outil pour réaliser une même tâche (le fait que l’un ait un écran plus large, et l’autre soit plus portable et discret par exemple).

    Mon choix ne reposera donc pas sur un raisonnement en termes de capacités. Clairement, mon Mac fera exactement la même chose qu’aujourd’hui, à la différence près qu’il aura une application pour gérer des tâches de quelques Ko. En revanche, il changera radicalement mon rapport à l’information2. Mac ou pas, Apple est plus présente que jamais dans l’informatique moderne. À mon tour de décider si, moi aussi, je vais perdre le “Mac” de mon “OS X”.


    1. Mes propos ici ne se limitent pas au Mac et à l’iPhone. Les situations que je décris pourraient très bien s’appliquer à un utilisateur d’Android et d’un PC Dell. Il s’agit simplement des machines que j’utilise et connais le mieux. 

    2. Qui se limite pour l’instant à la seule fenêtre d’iTunes et pourrait être étendue à tout le système avec iCloud, le centre de notifications, et Messages par exemple. 

     
  4. 15:34 22nd Jan 2012

    Notes: 1

    Tags: minimalzen

    Ce genre de détails qui me font rester sur Mac.

    Ce genre de détails qui me font rester sur Mac.

     
  5. Une dinde comme les autres

    Les fêtes de Noël et tout ce qui les accompagne sont désormais derrière nous. Premier parmi les rabats-joie, j’ai fini par comprendre qu’ils font autant partie des festivités que la bûche et les guirlandes du sapin. On notera que c’est au moment de la dégustation de ladite bûche qu’ils choisissent de communiquer leur haine.

    Leur conversation est, dans la plupart des cas, marquée d’un neo-marxisme bancal. Les fêtes de Noël, avatar de la lutte des classes. Leur cible : ces dindes qui se farcissent de cadeaux. “Matérialistes”. Loin de vouloir entretenir une sorte de frénésie consumériste ou, au contraire, une critique aveugle et jalouse, je serais plutôt de ceuxqui essaient de comprendre les mécanismes qui entretiennent les phénomènes.

    Les précautions étant posées, je peux dire que j’ai eu l’immense plaisir de découvrir un iPhone 4S flambant neuf sous le sapin.

    Mon rapport à l’objet est, je pense, un peu différent que pour ceux qui avaient fait l’acquisition des précédents modèles. Le contexte a changé : Apple n’est plus seule sur le marché des téléphones intelligents tactiles.

    Pour moi, la nouveauté ne se trouve non pas dans les usages du téléphone mais dans l’expérience utilisateur. Ce qui m’a amené à désirer un iPhone, ce ne sont ni ses capacités de mémoire, ni les applications disponibles. Ce sont des éléments bien plus diffus qui le rendent si agréable à l’utilisation et que je découvre chaque jour. Ceux-là même qui rendent son usage naturel. Ceux qui me font oublier le paradigme de l’ordinateur personnel.

    Apple a mis du temps pour intégrer le copier-coller ainsi qu’un appareil photo décent à son téléphone. Mais lorsqu’elle s’est décidée à les adopter, c’était pour les inscrire dans un tout cohérent. C’est en cela que je réponds par l’affirmative à la question d’Anthony : oui, l’iPhone est un meilleur cadeau qu’un Galaxy S.

    Ce qui fait pencher la balance en sa faveur se situe en dehors des critères mesurables. Sa force est dans sa subjectivité. Ce même ingrédient qui me fait préférer mon iMac à n’importe quel autre ordinateur fixe, quand bien même je sais qu’on en fabrique des plus puissants chaque jour. C’est ce pouvoir de subjectivation qui caractérise Apple. Et qui la fait osciller entre ses penchants les plus merveilleux et ses plus mauvais (invitant ses utilisateurs à devenir des portes-marques). À côté d’autres marques innovantes, libres ou propriétaires, elle ouvre sur d’autres possibilités de représentation de nos communications. Le tout est de ne pas être aveuglé par la poudre publicitaire.

    C’est dit : dans les rues, avec mon iPhone, je ne suis pas moins qu’une dinde comme les autres.

     
  6. Ne fait qu’une chose, mais effroyablement bien.

     
  7. Cette astuce était dissimulée dans mes signets et pourtant elle est nécessaire à tous les utilisateurs de Tumblr. On ne le dira pas assez, est un devoir.

    D’autant plus lorsque c’est Marco Arment (créateur de l’indispensable Instapaper) qui développe un merveilleux petit utilitaire pour faire une sauvegarde rapide, simple et efficace de son tumblelog. Le résultat est très propre, et en pur HTML. What we believe in, comme dirait l’autre.

     
  8. image: Télécharger

    Le bureau d’Einstein. via Patrick Rhone

    Le bureau d’Einstein. via Patrick Rhone

     
  9. Apprendre à lire

    En tant qu’étudiant, mes yeux scannent des kilomètres de pages et un nombre incalculable de mots, au cours d’une lecture attentive, d’une recherche dans plusieurs ouvrages, ou en parcourant rapidement des quotidiens. Lors de la lecture attentive d’un ouvrage scientifique et/ou de référence, je me surprends presque à chaque fois interrompant mon travail avant d’en avoir lu l’intégralité. Loin de culpabiliser, la lecture intégrale d’un ouvrage n’étant que soumission au contraintes du format relié, la fréquence de l’événement fut néanmoins assez importante pour que je m’y arrête pour prendre du recul.

    En complément à cette lecture savante qui m’est indispensable, j’ai décidé de développer les situations de lecture. En d’autres termes, il fallait que la lecture soit pour moi attachée à autre chose que les ouvrages me servant pour les études. C’est donc progressivement que je me suis mis à la lecture quotidienne.

    Pour cela, il m’a fallu trouver un format de livre adapté à cet exercice. Il m’est arrivé par hasard, au détour d’une allée du salon de l’Été du Livre à Metz, avec l’ouvrage de Denis Grozdanovitch, L’art difficile de ne presque rien faire. Divisé en petits épisodes, l’ouvrage se prête parfaitement à une lecture fragmentée et régulière. Progressivement, je me suis mis à l’ouvrir lorsque j’avais du temps — dans une salle d’attente ou, ayant du temps devant moi, m’arrêtant sur un banc public quelques minutes. En faisant de la lecture une sorte de rituel quotidien, je suis arrivé (cela ne s’était pas réalisé depuis longtemps) à la fin du livre.

    Si bien que j’étais encore avide de cette lecture particulière à laquelle je n’avais plus goûté depuis les bancs du collège où l’on me l’imposait tandis que je souhaitais vaquer à d’autres activités. Persuadé que ces petits succès réalisés sur de petits ouvrages auront une répercussion (psychologique) sur des ouvrages plus denses et complexes, je continue mon exercice à travers l’excellent Marcovaldo d’Italo Calvino (que j’avais d’ailleurs découvert sur lesdits bancs du collège).

    Même si elles ne sont pas en lien direct avec mes études, ces lectures alimentent ma curiosité et ma culture, et ce plaisir me suffit amplement. Après tout, à quoi bon emmagasiner du savoir sans lui trouver des applications concrètes dans nos expériences quotidiennes, de lecture, ou d’information ?

     
  10. Donner corps au Léviathan

    J’en ai déjà parlé, mais cette fois il ne s’agit plus de formuler une boutade légère. Au détour des actualités, on trouve aujourd’hui sur le site de l’université de Metz la vidéo des discours inauguraux du Théâtre Bernard Marie Koltès. L’information surprend : pas d’anniversaire puisque l’inauguration date du 16 octobre 2009. À la veille du spectacle inaugural de la programmation 2011-2012, l’on nous renvoie à la figure combien cet établissement est important. Important car son sol sacré fût foulé par des hommes d’importance. «Coup de com’», oseront certains.

    Pire que cela, c’est la valorisation du présent par le passé qui me motive à écrire ce bref billet. Pourquoi ne pas annoncer le spectacle de demain ? Pourquoi nous rappeler la présence du Président d’université, du directeur régional des affaires culturelles, ainsi que du maire et de son adjoint à cette réunion artificielle ?

    Il faut bien des figures pour composer le Léviathan.